PLAZA IMPERIAL

Si l’Espagne possède des ruines issues de son histoire médiévale ou de sa dictature, elle abrite aussi des vestiges contemporains nés de la folie immobilière des années 2000. Aux portes de Saragosse, le long de l’autoroute menant à Madrid, se dresse le Plaza Imperial. Ce gigantesque complexe commercial, qui s’étend sur des milliers de mètres carrés, devait être le paradis de la consommation moderne. Aujourd’hui, ses galeries vides et ses escalators immobiles en font l’un des plus grands « centre commercial morts » d’Europe.

Inauguré en septembre 2008, le Plaza Imperial a été pensé comme un projet pharaonique. Avec plus de 170 boutiques accueillant des enseignes variées comme la Fnac, Simply Market, Billabong ou encore Score Game, des cinémas de dernière génération, des restaurants à perte de vue et un parking de type américain capable d’accueillir des milliers de voitures, il battait tous les records.
Le complexe était si immense qu’il s’articulait autour de deux grandes zones séparées, reliées entre elles par un monorail privé futuriste, unique en Aragon. Lors des premiers mois, la foule se pressait par dizaines de milliers dans ses allées lumineuses sous de grandes verrières

Né sous une mauvaise étoile, le centre commercial a ouvert ses portes au mois exact de l’effondrement de Lehman Brothers, enclenchant la crise économique mondiale qui a frappé l’Espagne de plein fouet.
Son déclin a été alimenté par un cocktail destructeur : la chute du pouvoir d’achat des habitants de Saragosse, la concurrence féroce de Puerto Venecia, un méga-centre plus moderne et mieux situé, ouvert quatre ans plus tard de l’autre côté de la ville, et enfin la crise du coronavirus, qui n’a fait qu’aggraver et accélérer la chute.
Incapable de tenir tête dans cette guerre d’usure, la galerie a subi un premier coup dur avec la fermeture de son hypermarché Eroski en 2012. Le centre a pourtant longtemps continué de respirer, notamment grâce à la Fnac, qui jouait le rôle de locomotive avant de plier bagage fin 2015, et à ses cinémas qui ont vaillamment continué de tourner au milieu des boutiques aux rideaux baissés.
Mais en juin 2021, lorsque les salles obscures ont à leur tour définitivement éteint leurs projecteurs après des années de résistance, cela a sonné comme le coup de grâce. Privé de cette dernière force d’attraction, le complexe a vu ses rares enseignes restantes déserter les lieux, avant de fermer ses portes définitivement en 2022. Ses verrières n’éclairent désormais plus que des vitrines masquées par des cartons blancs, tandis que son fameux monorail s’est immobilisé pour de bon, ses wagons blancs restant suspendus au-dessus d’un parking désormais désert.

Le Plaza Imperial est l’archétype du vestige moderne qui ne peut pas rester éternellement en ruine. Plombé par la désertification de sa galerie intérieure et le départ de ses locomotives comme la Fnac, le site tourne définitivement la page. Le centre commercial a été racheté en janvier 2018 par la société madrilène Inversiones Carney S.L. Cette entreprise a déboursé 15 millions d’euros pour le complexe, soit moins de $7\%$ des 230 millions initialement investis.

Monorail

Enseignes

Démantèlement

Sur le site de l’Imperial Plaza à Saragosse, l’ancien état figé de ruine moderne cède la place à une transformation radicale où les pelles mécaniques et les bulldozers déchirent activement le cœur de l’ancien complexe. Ce processus de démolition en cours cible plus de 71 000 mètres carrés de structures obsolètes, transformant le béton et les murs squelettiques en granulats recyclés là où déambulaient autrefois les clients. Cette destruction brutale marque la fin définitive du centre commercial fermé pour laisser place à Plaza Park Zaragoza, un projet de réaménagement de 56 millions d’euros visant à créer un parc commercial à ciel ouvert d’environ 37 700 mètres carrés. En s’appuyant sur les enseignes périphériques existantes comme Costco et Family Cash, les promoteurs prévoient de raser entièrement le terrain pour mener à bien la reconstruction, avec un objectif de réouverture fixé au premier semestre 2027.

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