NOU MESTELLA VALENCE

Si l’Espagne possède des temples de béton issus de son passé industriel, elle abrite aussi un fantôme d’un genre très particulier au cœur de la troisième ville du pays : le Nou Mestalla. Ce squelette de stade de football géant, prévu pour accueillir plus de 70 000 spectateurs, trône à l’entrée de Valence comme un monument à l’inachevé. Commencé en 2007, son chantier est arrêté depuis 2009. C’est la plus longue interruption de chantier de l’histoire du sport moderne.
L’histoire de ce colosse débute au début des années 2000. Le Valence CF, club historique de Liga, brille alors sur la scène espagnole et européenne en remportant plusieurs titres et la Coupe UEFA. Se sentant à l’étroit dans son vétuste et mythique stade de Mestalla d’environ 49 000 spectateurs, les dirigeants de l’époque imaginent un écrin ultra-moderne et pharaonique capable d’accueillir plus de 75 000 spectateurs pour rivaliser avec les plus grands clubs continentaux.
Le projet doit être financé en vendant le terrain de l’ancien stade, situé en plein centre-ville, à des promoteurs immobiliers pour y bâtir des appartements de luxe.
Les travaux débutent officiellement en 2007, sous la houlette d’un cabinet d’architectes renommé. Le projet promet une enceinte avant-gardiste, dotée d’une façade futuriste et d’une structure impressionnante. Les supporters et la ville rêvent déjà de ce nouveau bastion pour le football valencien.
Mais le rêve se brise net en février 2009. Le chantier est brutalement suspendu et les grues s’immobilisent. Deux facteurs majeurs expliquent cette catastrophe.
D’une part, la violente crise financière mondiale de 2008 frappe de plein fouet l’Espagne et assèche les liquidités des banques et des promoteurs.
D’autre part, le Valence CF se retrouve englué dans une spirale de dettes abyssales, incapable d’honorer les traites du chantier. La crise immobilière faisant s’effondrer la valeur foncière, la vente des terrains du vieux stade ne rapporte plus assez, laissant le club dans l’incapacité de payer les entreprises de construction et abandonnant sur place une gigantesque carcasse de béton.

Le Nou Mestalla devait être l’un des plus beaux stades d’Europe. Aujourd’hui, c’est un squelette de béton qui ressemble à un Colisée romain moderne, une ruine antique faite de ciment gris et de barres de fer rouillées qui dépassent. Au fil des ans, le vent a apporté de la terre et des graines. Dans les zones où des dizaines de milliers de supporters devaient vibrer, ce sont des herbes folles et de petits arbustes qui poussent entre les blocs de béton fissurés.

Depuis plus de quinze ans, le Nou Mestalla est le théâtre d’un feuilleton politique et judiciaire permanent entre la mairie de Valence, les supporters et les propriétaires successifs du club. L’attribution de la Coupe du Monde de football 2030 à l’Espagne a récemment poussé les autorités à exiger la reprise des travaux pour que la ville puisse enfin accueillir des matchs. De nouvelles discussions et obligations légales ont ainsi relancé l’idée de terminer l’enceinte, actant la transition vers la fin de cette longue léthargie pour ce géant de béton endormi.